Tissage artisanal

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Le Tissage au Maroc

Le tissage n’est pas consacré seulement à la confection.
Les marocains utilisent le tissage pour habiller aussi leurs intérieurs.
Ils tissent des tapis et du tissu d’ameublement qui recouvre les assises de chaises, les dossiers des fauteuils, recouvre les coussins et canapés.
Ces tissages réalisent également des couvertures très chaudes.

Histoire des tapis berbères

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Les débuts du tapis berbère, son origine et la signification de ses motifs remonte à très loin. Il ne descend pas des tapis d’Orient de l’ère islamique mais la similitude de la technique du tissage et de certains motifs indique des racines communes, qui remontent probablement au néolithique d’Asie Mineure. A l’écart des grandes civilisations de l’Antiquité et loin des échanges culturels de la Route de la Soie, le tapis berbère a gardé son originalité dans les régions montagneuses de l’Atlas et les plaines atlantiques.

Technique de tissage

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Les femmes trient la laine et la débarrassent grossièrement de ses impuretés – brindilles. Dans certaines régions, elles la font bouillir dans un bain de saponaire pour la blanchir. Le plus souvent elles la mouillent, la battent avec un bâton avant de la laver avec soin dans la rivière dans un panier en osier qui laisse filtrer l’eau. Pour faire partir le suint qui l’imprègne, elles utilisent les feuilles d’une plante, le daphné qui mousse.
Fraîchement lavée, posée sur le sol, la laine sèche au soleil et blanchit. Le soir venu, elle est rangée dans la réserve domestique. On la laisse plusieurs jours car la laine lavée peut s’accroître.
A la fin de l’hiver, la laine stockée respire l’air frais du dehors. Il est temps de construire le métier à tisser.
Les femmes assises par terre procèdent au cardage pour travailler le fil de trame qui doit être résistant. Elles travaillent les fibres les plus courtes et les plus frisées avec deux planchettes en bois hérissées de clous appelées « cardes » qu’elles tiennent par le manche et qu’elles animent dans un mouvement énergique de va-et-vient.
Les fibres longues destinées à la chaîne du tissu sont peignées. Pour la former, elles affrontent deux peignes qui séparent vigoureusement la laine retenue prisonnière de leurs dents métalliques. Elles tirent des bandes mousseuses du peigne qu’elles coincent avec leurs pieds.
La fileuse connaît parfaitement la laine qu’elle façonne à sa guise. Un vêtement masculin devant être imperméable exige une trame très fine.
Une couverture se contente d’un fil plus épais. Le filage est réalisé à tout moment de la journée et de l’année. Elles font rapidement tourner d’une main un fuseau en bois de forme tronconique à la manière d’une toupie sous laquelle elles raccordent avec l’autre main une mèche obtenue grâce à une quenouille qu’elles roulent entre le pouce et l’index.
Elles tirent par petites secousses pour constituer l’ébauche d’un fil. La quenouille est immobile tandis que le fuseau transforme la masse de laine en fil solide.
La construction du métier à tisser demande du temps (plus d’une heure), de l’habileté et de la patience. Il permet de tendre de manière régulière les fils de chaîne constituant la largeur du tissu. La première étape de l’ourdissage s’obtient de deux façons. Elle consiste à fabriquer la chaîne séparée en deux nappes de fils pairs et impairs grâce à la formation de l’encroix. Dans un mur, la tisseuse plante quatre piquets autour desquels elle enroule les fils de la chaîne à intervalle régulier selon un ordre déterminé. Cette méthode permet à la villageoise de procéder seule mais est peu courante dans le Haut-Atlas.
Assise aux pieds des piquets qu’elles ont fichés dans le sol, éloignées d’une dizaine de mètres, les deux villageoises enroulent et nouent le fil que fait courir une troisième femme en formant une chaînette verticale le long des piquets.
Elle forme ainsi un encroix au centre et fait autant d’allers et de retours entre les piquets qu’ils peuvent contenir de rangs.
tissageLorsque la mise en chaîne est achevée, on enlève les piquets du mur ou du sol et on les remplace par des roseaux eux-mêmes remplacés plus tard par des traverses en bois percées de trous à intervalles réguliers permettant de fixer solidement la chaîne à l’aide d’un lien.
Une fois la chaîne achevée, on l’enroule sur l’ensouple supérieure et on transporte le métier chez celle qui veillera sur l’accomplissement de l’ouvrage commencé.
Deux ensouples de bois horizontales sont supportées par deux montants verticaux. De un à trois roseaux sont glissés près de l’ensouple supérieure dans l’encroix. Ce sont les baguettes d’envergure qui maintiennent parallèles les fils de chaîne.
Autour de l’ensouple du haut, toute la réserve de la chaîne ourdie sur les piquets a été transférée. La poutre du bas est enrouleuse. Elle contient le tissage à proprement parler. Trois roseaux attachés ensemble et fixés à la chaîne à la hauteur des épaules de la tisseuse assise à son travail font office de lice. Ils permettent le croisement alternatif des deux nappes de fils.
De la main gauche, elle passe le fil de trame entre les deux nappes. De la main droite, elle tire la trame et ainsi de suite. Au-dessus des lices se trouvent un ou plusieurs roseaux. En les élevant ou en les abaissant, on ouvre alternativement le pas et le pas inverse pour l’aller et le retour du fil ou du brin de trame (la duite). Lorsque le roseau est en haut, les fils pairs se trouvent tirés en arrière par la barre de lice et les fils impairs qui restent verticaux sont devant.
tissage marocLorsque le roseau est baissé, il exerce une pression sur la nappe des fils impairs qui s’incurve tandis que la nappe des fils pairs passe en avant. Dès que 15-20 duites ont été passées, on les tasse légèrement avec le lourd peigne en métal que la villageoise tient par le manche en bois.
Les femmes forgent leur valeur par la force de leur travail et l’habileté de leurs mains. La laine est vivante, habitée par des forces invisibles. Il faut la toucher, la ressentir, la comprendre. Le tissage est le reflet de la jeune fille. La chaîne de l’ouvrage, claire ou embrouillée, est à l’image de l’esprit de celle qui l’utilise.